Politique environnementale, compétitivité et spécialisation: Vers une économie durable ?

Les économistes sont réticents vis-à-vis du concept de compétitivité d’une économie. Au niveau d’une entreprise en situation concurrentielle, la notion est proche de celle de productivité.

Si une entreprise à des coûts supérieurs aux prix du marché, elle vend à perte et est condamnée à disparaître. Comme elle ne peut influencer les prix sur les marchés des produits ou sur ceux des facteurs, elle ne peut accroître sa compétitivité qu’en accroissant sa productivité. Les concepts sont donc redondants. Comme le montre Saint-Paul (2004), ce raisonnement ne peut pas être extrapolé au niveau d’un pays, l’ajustement du taux de change réel conduisant à la disparition du problème de compétitivité. Ainsi un pays qui augmenterait ses taxes environnementales verrait ses coûts augmenter, les prix des industries exportatrices augmenter  et l’emploi diminuer dans ce secteur.

Le changement de la spécialisation d’un pays dans une économie ouverte impact-il l’économie ?

L’accroissement du chômage créant une pression à la baisse sur les salaires réels, les prix intérieurs baisseraient relativement aux prix extérieurs, le taux de change réel qui exprime le rapport entre prix intérieurs et prix extérieurs se déprécierait et la compétitivité serait rétablie. Si, globalement, aucune politique économique n’est incompatible avec la compétitivité à long terme, l’impact d’une taxation environnementale sur un secteur particulier est le résultat d’une réallocation de l’activité économique due à un changement de la spécialisation du pays dans une économie ouverte.

Une spécificité de la taxation environnementale par rapport aux autres impôts tient au fait qu’elle vise à introduire des distorsions dans le choix des agents. Alors que les impôts optimaux sur le revenu ou sur les biens cherchent à minimiser les distorsions dans les choix de consommation, la taxation environnementale a pour but explicite de modifier les choix des agents en les incitant à réduire leurs émissions polluantes. Dès lors, toute modification de la fiscalité environnementale est susceptible de réduire la productivité et donc la compétitivité des industries polluantes et d’entraîner un changement de la spécialisation du pays au profit des industries non polluantes. Une première façon d’aborder cette question est de considérer que les agents agissent de manière concurrentielle et que la politique environnementale n’a pas le caractère d’une politique stratégique.

Comme nous l’avons montré dans la section précédente, le niveau optimal des taxations environnementales dans une économie ouverte dépend des instruments de politique économique disponibles. En particulier, dans un contexte de libéralisation des échanges, les gouvernements ayant perdu l’instrument tarifaire pourraient considérer la taxation environnementale comme un moyen d’améliorer le bien être par une amélioration des termes de l’échange (un pays bien doté en ressources environnementales pouvant utiliser une politique restrictive accroissant le prix relatif des facteurs exportés alors qu’un pays faiblement doté en ressources environnementales aurait intérêt à mener une politique laxiste, Markusen, 1975 et Rauschen, 1991) ou par une modification des avantages comparatifs (si la hausse de la production de biens importés par les économies développées est créatrice de pollution, l’accroissement des standards environnementaux dans les pays développés peut provoquer un déplacement des industries polluantes vers les pays pauvres si le capital est mobile).

Cette question de l’influence des normes environnementales sur la spécialisation peut être considérée successivement du point de vue analytique et du point de vue empirique.