Quelles sont les conséquences de l’augmentation de l’espérance de vie ?

 Les différences d’espérance de vie

L’espérance de vie augmente sous l’effet d’une baisse de la mortalité à tous les âges – à commencer par celle des nouveaux-nés et des jeunes enfants, phase qui fut un temps déterminante. Aujourd’hui, on assiste à une concentration de l’âge au décès « Les décès ont lieu de plus en plus souvent aux âges élevés : […] plus de deux décès masculins sur trois (68 %), près de six décès féminins sur sept (86 %) ont lieu après 70 ans ». À la fin des années 1960, les chiffres étaient respectivement de 54 % et 74 %, et dans les années 1930 de 36 % et 50 %.

Espérance de vie en fonction de l’âge, en 2004

Homme Femme
Naissance: 76,7ans (H) – 83,8 ans (F)
À 20 ans:  57,4 ans (H) – 64,3 ans (F)
À 40 ans:  38,4 ans (H) – 44,8 ans (F)
À 60 ans : 21,5 ans (H) – 26,5 ans (F)
À 70 ans:  15 ans (H) – 17 ans (F)
À 80 ans:  9 ans (H) – 10 ans (F)
À 90 ans:  5 ans (H) – 5 ans (F)

(H)= Homme / (F)= Femme
Source : (1) Calculs MM, base : INSEE Première n° 1004, février 2005.

Le tableau ci-dessus présente des données nationales qui masquent, là encore, des différences sensibles entre régions. Les déterminants de la santé devraient être à peu près identiques sur tout le territoire national, dans un pays réputé pour l’unicité de son administration et la qualité de son système de soins. Or, entre les régions les plus et les moins favorisées on relève un écart de cinq ans et demi pour les hommes et de trois ans et demi pour les femmes. En 1999, l’espérance de vie était de 83,9 années pour une fille née en Mayenne, contre 80,4 ans dans le Nord. Un garçon naissant la même année en Haute-Garonne pouvait espérer vivre 77,2 ans, soit 5,6 ans de plus que son contemporain du Pas-de-Calais (espérance  masculine dans ce département : 71,6 ans). Paris était l’un des départements les mieux placés : 77,1 ans pour les hommes et 83,4 ans pour les femmes. Ces différences résultent de plusieurs facteurs dont les plus évidents sont les habitudes
de vie régionales (consommations notamment) et la structure sociale : à la fin du XXe siècle, un homme avait à 35 ans une espérance de vie de 46 ans s’il était cadre, et de 39 ans s’il était ouvrier. La différence n’était que de trois ans entre une femme cadre et une ouvrière.

Le progrès, en matière d’espérance de vie, est constant depuis des années. Quelle sera la limite ? Les experts sont partagés. On sait simplement que le nombre de centenaires va exploser, même si la prévision varie du simple au double selon les organismes de recherche. Ils seraient 16 000 actuellement ; pourraient être 46 300 en 2025 selon l’INSEE. Cet organisme en prévoit 165 000 pour 2050, alors que l’INSERM avance le nombre de 300 000. L’expression courante de la  progression de l’espérance de vie : « un trimestre par an », est simplificatrice : en fait, le recul de la mortalité ne survient pas en continu, mais par à-coups. Le démographe Alfred Nizard parle des « trois révolutions de la mortalité » 9 :

– la première, entre 1950 et 1970, réduit de 74 % la mortalité générale,
grâce aux antibiotiques, qui ont fait reculer les maladies infectieuses, et à la
médecine périnatale, qui a protégé la vie des enfants, diminué les anomalies
congénitales et les affections périnatales ;

– la deuxième, entre 1970 et 1990, voit la mortalité générale baisser de
62 %, avec le recul des maladies cardio-vasculaires ;

– la troisième, que nous vivons depuis 1990, est due aux victoires remportées contre les cancers.

Nous assisterons probablement à une quatrième révolution dans les années 2010 : celle des thérapies géniques, susceptibles de faire régresser les maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer) ou au moins de ralentir leur progression.

D’ores et déjà, le système de santé et l’organisation des soins peuvent conforter et accélérer les effets de ces quatre « révolutions », ou au contraire les ralentir. Accessibilité des structures, qualification, disponibilité et rapidité d’intervention des personnels, sont des facteurs qui ne dépendent pas de la science ni de la recherche médicale. Les SROS (schémas régionaux d’organisation sanitaire) fixent un objectif d’intervention en moins de 30 minutes, pour l’ensemble des populations (ce qui est différent de « l’ensemble du territoire » : la réalité des implantations humaines étant prise en considération), en cas d’urgence réelle.

Dans les décennies suivantes (2020 -2040), les nanotechnologies, actuellement  explorées par des milliers de chercheurs, notamment aux États-Unis et au Japon, ouvriront des perspectives inimaginables aujourd’hui 10. Plus près de nous, des gains immédiats sont possibles : on peut encore réduire la mortalité grâce :

– aux succès de la lutte contre la violence routière, et surtout la démonstration qu’il est possible de les remporter 11 ;

– au succès, moins spectaculaire, mais non moins important, des campagnes d’éducation sur les accidents domestiques,
la consommation de médicaments, l’obésité des enfants… ;

– au travail réalisé par les médecins hospitaliers pour éviter les maladies
nosocomiales ;

– aux progrès dans de multiples domaines depuis la microchirurgie jusqu’à
la contraception féminine en passant par le traitement du diabète.