Retraites: Des inégalités croissantes ?

Parmi les grands défis qui nous attendent, figure celui des revenus. La réforme du système des retraites a beaucoup agité notre pays ces dix dernières années. Le dossier n’est pas clos ; il y aura d’autres débats et d’au- tres décisions. L’évolution du niveau de vie des retraités est une question de première importance pour l’économie d’un pays dont les plus de soixante ans représenteront dans un quart de siècle près d’un tiers de la population. Nos travaux montrent que, globalement, leurs revenus ne vont pas diminuer dramatiquement d’ici 2030. Le coup de frein donné par les lois Balladur et Fillon à l’accroissement de la masse des retraites ne fera que ralentir le jeu de tendances lourdes qui vont presque toutes dans le sens de l’augmentation des revenus de ces tranches d’âges.

Le financement des retraites:

Reste posée, bien entendu, la question du financement de ces retraites. Il ne suffit pas d’avoir accumulé des droits : il faut qu’ils soient respectés. Quelque forme qu’il prenne dans l’avenir, le financement des pensions versées aux retraités doit être assuré par les actifs. Le nombre de retraités devant doubler en trente ans alors que le nombre d’actifs cotisants risque de baisser, il faudra, sans doute, tout à la fois augmenter les cotisations et revaloriser les pensions moins que l’inflation. La situation variera d’un régime à l’autre. Les inégalités en matière de retraite, qui ne sont pas nouvelles, devraient s’aggraver. Ceux qui partent le plus tôt sont souvent ceux qui touchent le plus et en profitent le plus longtemps. Les ouvriers ont, à 35 ans, neuf ans d’espérance de vie de moins que les ingénieurs et cadres : ils cotisent plus longtemps et profitent moins de leur retraite. L’inégalité face à la mort n’est pas la moindre des inégalités de la vie. De nouvelles réformes seront inévitables, si l’on ne veut pas être contraint à des solutions extrêmes, comme, par exemple, finir par verser les retraites par répar- tition sous condition de ressources !

En faisant l’hypothèse que ces nouvelles réformes ne réduiront pas rapi- dement et fortement les pensions de retraite (ce qui fait courir le risque d’augmentation des prélèvements sociaux), on peut compter sur la bonne tenue des revenus d’une majorité des retraités, due notamment à l’élévation des qualifications au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Cadres et professions intermédiaires se sont multipliés alors que les agriculteurs et les ouvriers se faisaient plus rares. Elle sera également due dans une large  mesure à la bi-activité des ménages.

A contrario, les solitaires, les ménages ayant toujours eu un seul salaire (notamment les ouvriers et employés ayant élevé des familles nombreuses), ceux qui n’ont pas eu des carrières stables et des salaires réguliers, risquent une paupérisation relative. De plus, un risque plane sur les futures veuves (une femme vivant en couple a une « espérance de veuvage » de neuf à dix ans, puisque les hommes ont une espérance de vie inférieure de sept ans, et qu’ils épousent des femmes de trois ans plus jeunes qu’eux) : comment évolueront, lors des prochaines réformes des retraites, les pensions de réversion, qui pourraient être remises en question devant les difficultés des caisses de retraite et la relative améliora- tion de la condition économique de la majorité des femmes ?

Mais quel est le sort des retraités dans les prochaines années ?

 

Même pour les retraités dont les revenus vont continuer à croître, souli- gnons que l’augmentation s’entend en valeur absolue, et qu’ils connaîtront, par rapport aux actifs, une diminution relative. Vers 2020 ou 2025, les retraités subiront pleinement les effets des décisions qui auront été prises en 2008-2013, et qui ne leur seront guère favorables. Pour échapper à un nouveau tour de vis sur le niveau des pensions, il faudrait une bonne tenue de la démographie, et surtout que la croissance économique revienne dura- blement à un niveau satisfaisant (supérieur à 3 %). En revanche, si l’éco- nomie française continue de ne croître que de 2 % par an, les arbitrages risquent d’être douloureux pour les « anciens ». Et compte tenu du vieillisse- ment et des perspectives de productivité, la croissance économique de la France et de l’Europe d’ici à 2030 devrait plutôt se situer aux environs de 1,5 %.


Ces hypothèses résultent de simples projections démographiques qui montrent que la population active pourrait baisser de 25 millions de person- nes dans l’Europe des vingt-cinq entre 2010 et 2030 (dont environ un million pour la France). En réalité, des flux migratoires importants vien- dront compenser ces pertes et répondre aux besoins du marché du travail, notamment dans les services aux personnes et dans le bâtiment.